Dessine-moi un arbre

Il y a quelques années, quelqu’un m’a demandé « Comment tu fais pour que les arbres que tu dessines aient l’air si vivants ? On dirait qu’ils bougent. Moi, quand je dessine un arbre, il est tout raide, tout figé… ! »

C’est peut-être parce que je dessine les arbres comme je les vois : vivants et pleins de mouvements.

Hier, je me suis baladée dans la montagne près de chez moi. Le soleil brillait, l’air était doux… Et j’ai pleuré. Devant moi, une « coupe rase » comme on dit. Des arbres semés sans conscience, « récoltés » sans conscience.

Des dizaines et des dizaines d’enfants massacrés dans l’indifférence générale. En pleine force de vie, en pleine santé. Des sapins avec de belles aiguilles vertes et douces recouvrant leurs branches, étendus au sol ou avec une partie du tronc arrachée. Sans compter tous les buissons et plantes abimées, les insectes tués pendant l’opération et tous les petits animaux se retrouvant sans habitat, en plein hiver. Tout cela sans aucune prise en compte de leurs vies. Comme s’ils étaient des « choses » dont on pouvait se servir sans les prendre en considération.

Certains de ces sapins deviendront peut-être des parties de meubles, des cagettes, des pellets, des petits objets, des plateaux, du mélaminé. Ils auront une utilité. Ils nous permettront de nous chauffer, d’aménager, de ranger, d’encadrer une belle illustration peut-être.

Mais n’aurait-on pas pu faire cela avec plus de conscience ? Attendre qu’ils aient vécus, qu’ils soient morts ou tombés ? Ils devaient avoir environ 40 ans. Environ mon âge. Mais ce qui est déjà près de la moitié d’une vie pour un humain est le tout début de celle d’un arbre. Ils étaient des enfants.

Il serait peut-être temps que nous prenions conscience de tout cela.

Bien sûr nous faisons partie de la nature, nous vivons dans cet écosystème et il est normal que nous ayons un impact. Mais tous les autres êtres ont un impact à l’échelle de leurs besoins et s’auto-régulent. Pas les humains. Nous sommes dans une culture du toujours plus, une volonté de croissance matérielle infinie, pour remplir ce vide intérieur, ce vide spirituel, ce vide de sens que la plupart des humains ressentent consciemment ou pas. C’est un cercle vicieux car plus on se coupe de la vie, plus on a besoin de s’en couper pour ne pas nous sentir coupable de nos actes.

Mais l’idée n’est pas de se sentir coupable. Elle est de se sentir responsable.

Quelle est notre capacité à répondre, individuellement, à tout cela ? En commençant par ce qu’il nous semble manquer au plus profond de nous ? Amour, accueil, joie, sens… cochez ce qui vous parle le plus !

Se reconnecter à la nature, à sa vie, au fait que nous en fassions partie intégrante et qu’elle est d’une sagesse immense, est déjà un grand pas. Agir à notre niveau, à notre façon, sans tomber dans les extrêmes. Mettre petit à petit notre vie en adéquation avec nos valeurs, avec la conscience que l’on a de la vie, là, maintenant, et qui évoluent tout le temps. Ressentir à nouveau notre lien étroit avec elle, sentir que nous faisons partie d’un grand tout, qui nous accueille tels que nous sommes, tels que nous avons été et tels que nous serons…

La nature est là partout, en nous et autour de nous. La vie est partout, en nous et autour de nous. Apprenons à la respecter et à nous respecter.

Apprenons à prendre une place juste au sein de notre éco-système. Ni supérieur, ni inférieur. Apprenons à collaborer ensemble, à s’entraider, à tenir compte les uns des autres, quelle que soit la forme de vie. Sans extrêmes et sans anthropomorphisme. Avec justesse, en respectant les différences entre les êtres, en respectant leur nature et la nôtre. Cela demande de la patience, des expériences et des ajustements. Mais après tout, qu’avons-nous de plus important à faire ? 😉

Et vous, comment ressentez-vous cela ?

Image de Une : La Concentration du Chêne – cAro – 2016